Portrait de Bleuñvenn Erussard
Présentation
Après avoir passé un master de musicologie en consacrant son mémoire à l’approche analytique et conceptuelle dans la musique de Joseph Loduca, elle prépare depuis 2023 une thèse de musicologie à l’Université Rennes 2 sous la direction de Joseph Delaplace et la codirection de Jérôme Rossi (Lyon 2). Elle travaille sur les relations entre musique et séries télévisées, notamment au travers du prisme des épisodes en comédie musicale. En parallèle, elle enseigne à l’ESRA de Rennes, ainsi qu'à l’Université Rennes 2.
Bibliographie
- ALTMAN, Rick, La comédie musicale hollywoodienne : les problèmes de genre au cinéma [trad. de l'anglais par G. Allia et J. Poirel], Paris, Armand Colin, 1992 [1987]
- MICHOT, Jérémy, Introduction aux musiques de séries télévisées, Paris, L'Harmattan, coll. « Univers musical », 2021
- SEARS, Steven L., The Non-User-Friendly Guide for Aspiring TV Writers: And Anyone Else Who Wants to Know How Hollywood Works, [s.l.], 5-10-5 Productions, 2020
Stewen Corvez - Bonjour Bleuñvenn, peux-tu te présenter ?
Bleuñvenn Erussard - doctorante en musicologie à l'université de Rennes 2 au sein du laboratoire Arts : pratiques et poétiques.
SC - Peux-tu nous en dire un petit peu plus sur ton parcours universitaire, ce qui t'a amené à entamer une thèse ?
BE - Oui, alors, en fait, moi, j'ai fait, dès le début, enfin, avant de faire ma licence, j'ai donc fait un... Ce qu'on appelle le brevet de technicien des métiers de la musique à Saint-Brieuc, ce qui est en gros l'équivalent d'un Bac plus 1, même si le niveau reconnu est le Bac. J'ai donc ensuite, par cet amour de la musique, continué sur une licence à Rennes 2. Puis j'ai enchaîné sur un Master et puis maintenant sur une thèse.
SC - Et qu'est-ce qui t'a amené alors à t'intéresser à la musique ?
BE - En fait, je fais du piano maintenant depuis 20 ans. J'ai toujours eu un petit peu cet attrait pour la musique, d'abord avec la pratique, et puis ensuite, c'est d'ailleurs pour ça que je suis entrée en licence. Après la licence, j'avais d'abord pensé à m'arrêter et continuer à travailler dans la musique, mais pas forcément sur la voie universitaire. Et assez bizarrement, le Covid nous ayant un peu forcé à faire plus de dossiers, c'est au final une chose qui m'a vraiment plu, sur le dernier mois de ma licence. Je commençais à sérieusement réfléchir à aller sur la voie recherche, donc d'abord avec le master. J'ai vu que c'était vraiment quelque chose qui me plaisait et qui me motivait tous les jours, donc j'ai continué en thèse ensuite.
SC - Est-ce que tu avais du coup un projet clair avant de te dire finalement la recherche, ça peut être pour toi ? Est-ce que tu avais déjà envisagé d'autres métiers, d'autres parcours ?
BE - Alors, en fait, déjà... En sortant du Bac, je savais que je voulais travailler dans la musique sans forcément avoir de domaine précis. Au fur et à mesure, au début, je ne voulais pas être prof, ce qui est assez drôle, puisque maintenant, par contre, c'est ce que j'aimerais être. Mais j'avais pensé aussi à ingénieur du son. J'ai toujours eu un grand intérêt sur ce domaine de métier. Après, j'ai essayé toujours d'observer de loin ou m'auto-former, mais c'était pas forcément la voix spécifique que je voulais faire mais c'était une des possibilités en effet
SC - Le bac que tu as passé qui était lié au à l'aspect technique de la musique du coup ne portait pas sur la musique en elle-même, portait sur le son sur le travail d'ingénieur du son plutôt, alors si je comprends bien
BE - Alors en fait c'est un mélange des deux, on a travaillé effectivement, on a eu des cours sur le son et notamment comment faire une session d'enregistrement, travailler son mix etc. Mais surtout sur la dernière année donc en terminale. Autrement en fait c'était des cours beaucoup plus axés effectivement musique, par exemple histoire de la musique, organologie, on avait du solfège également, analyse, univers sonores etc.
SC - Ah oui d'accord, donc on garde quand même un lien assez fort avec après ce qu'on fait à l'université. Tu as senti un écart ou un fossé entre ce que tu as fait au lycée, du coup, dans ces trois années spécialisées, et ce que tu as découvert en arrivant à l'université ? BE - Non, pas tant que ça en soi. Parfois, peut-être un peu sur la méthode entre différents profs, mais sur le contenu des cours de manière générale, non, pas de grand fossé.
SC - Du coup, quelle est ta pratique musicale. J'allais dire préféré, mais c'est pas ça, mais avec laquelle tu as le plus de liens ? Est-ce que c'est vraiment la pratique du piano ? C'est l'analyse aujourd'hui ? Qu'est-ce qui t'attire le plus dans la musique aujourd'hui ?
BE - Alors à l'heure actuelle, je dirais, sans vouloir donner de réponse un peu suisse, mais entre effectivement la pratique du piano. Notamment en groupe, mais pas que, mais aussi l'analyse. C'est assez passionnant de se plonger dans une partition et d'essayer de comprendre comment ça fonctionne, etc. Surtout avec le sujet de ma thèse qui est assez transdisciplinaire, puisque je m'intéresse à la musique de série télé. Donc c'est franchement les deux, en alternance quand même, mais les deux.
SC - Et tu composes aussi ?
BE - Ça fait très longtemps que je n'ai pas composé, c'était plutôt pour les cours d'écriture. De temps en temps, je n'écris pas tant que ça, j'improvise un peu, mais rien de vraiment marqué sur le papier, on va dire.
SC – D'accord. Et avant de passer vraiment à la recherche, à ton travail de recherche actuel, j'ai quand même une dernière question. Tu parles d'un groupe, tu joues actuellement encore en groupe ?
BE - Alors un petit peu. On n'est pas un groupe officiel, dans le sens où on n'est pas formé, on n'a pas de nom de groupe ni quoi que ce soit, mais en fait c'est une jam session de blues rock qui se déroule dans un des bars de Rennes à l'Autruche. Et donc tous les mardis soirs on se retrouve et puis on crée un peu notre répertoire au fur et à mesure, on s'amuse. On s'amuse, c'est assez chouette.
SC - On va rentrer dans le vif du sujet maintenant, puisque c'est pour cette raison que l'on échange. Est-ce que tu peux nous présenter un peu ton, voire même complètement ton sujet de thèse s'il te plaît.
BE - Oui, donc le titre est provisoire mais effectivement moi je m'intéresse aux épisodes de comédie musicale dans les séries télévisées. Donc ces épisodes-là, c'est ce qu'on appelle les épisodes en one-off. Donc c'est-à-dire qu'en fait vous allez avoir un épisode dans une série qui d'habitude ne parle pas du tout de musique, en tout cas pas qui n'en fait pas le sujet principal. Et donc, on va avoir les codes de la comédie musicale qui vont s'intégrer le temps d'un épisode. Peu importe le sujet après de l'épisode. Ça, c'est justement aussi un des sujets qui m'intéresse. C'est de voir comment est-ce que ces épisodes vont s'intégrer au trame narratif. Est-ce qu'ils vont vraiment faire ressortir certains éléments ou non ? Et une fois qu'on a fait un petit peu ce travail de première appréhension par rapport à l'épisode, voir comment il se met en place, comprendre aussi comment les changements de musique ont créé certaines dynamiques. Vous avez un univers musical qui est déjà créé pendant plusieurs saisons. Un des exemples qui est le plus connu en général, c'est l'épisode musical de Buffy contre les vampires, sur lequel je ne travaille pas parce qu'il y a déjà eu pléthore d'écrits. Donc en fait, vous avez cet univers musical qui a déjà été construit pendant plusieurs saisons. Et le temps d'un épisode, en fait, on vient ajouter de nouvelles manières de composer, de nouveaux styles musicaux, etc. Donc, voir comment les deux vont un petit peu se répondre, comment se réapproprier également les codes de la comédie musicale. Qu'est-ce qui, dans la série, va pouvoir favoriser cette insertion d'épisodes dits spéciaux, puisque c'est comme ça qu'ils sont appelés, notamment dans la littérature anglo-saxonne. Donc voilà, l'idée, c'est vraiment de comprendre comment cet objet se forme et qu'est-ce que ça va créer comme tension ou parfois comme révélation au niveau musical.
SC - Pour l'instant, au niveau de ta recherche, ça correspond, on ne va pas rentrer vraiment dans le détail, mais est-ce que ça correspond un petit peu à ton intuition, ce que tu as pu analyser sur ces épisodes un peu particuliers ?
BE - Alors, sur certains points, oui. En fait, dans le sens qu'effectivement, quand j'ai démarré ma thèse, je me doutais qu'il allait falloir quand même qu'il y ait un grand nombre de différents codes qui soient respectés, qui soient utilisés pour que l'épisode soit vraiment viable, puisqu'on parle quand même d'une industrie importante. Ceci dit, je ne m'étais pas forcément attendue à ce que,donc là, pour l'instant, par exemple, je travaille sur trois points d'entrée principaux qui semblent se recouper sur tous les épisodes de mon corpus. J'ai huit épisodes de séries télé dans mon corpus. Ces trois points vont être parfois assez éloignés. L'utilisation de codes de la comédie musicale, qu'ils soient musicaux à proprement parler, chorégraphiques ou même narratifs, ou tout simplement au niveau de la représentation. L'approche aussi d'une certaine queerness dans les trames narratives est parfois directement sur les personnages. Et le troisième élément étant l'insertion aussi au plus près des trames narratives, ce que parfois on pourrait appeler éventuellement de la pop culture. Après, selon les séries aussi, ça peut se décliner de différentes manières, mais on a principalement ces trois points d'entrée-là qui vont servir vraiment de base avant de pouvoir ensuite commencer à étoffer davantage l'épisode et puis mettre en place la production.
SC - Et dans ces approches, est-ce qu'il y a quelque chose qui a remis en cause ou qui a un petit peu bouleversé soit le plan que tu t'étais imaginé, soit ta méthode ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui a pu changer dans ces découvertes, on va dire ?
BE - Oui, alors au début, j'étais partie en fait plus vraiment sur cette idée, on va dire complètement sur le réinvestissement des codes de la comédie musicale uniquement. Et au fur et à mesure, justement, en analysant mes épisodes, en fouillant au maximum aussi dans tout simplement tout ce qui est contexte de production, d'écriture, etc., je me suis rendu compte qu'effectivement, on avait bien sûr ce réinvestissement ou cette réappropriation, puisque après, c'est assez mouvant selon les épisodes, donc des codes de la comédie musicale, mais qu'on avait aussi effectivement d'autres choses qui se jouaient dans ces épisodes. Et c'est vrai que ça c'est, par rapport à mon plan, si je repense par exemple au tout premier plan, un petit peu bateau que j'avais fait pour tout simplement le dossier d'inscription, j'étais sur quelque chose de beaucoup plus presque historiographique en fait, en dépliant comment les codes se sont construits, comment ils se sont retrouvés ensuite dans les séries, etc. Et en fait, mon plan a beaucoup changé à ce niveau-là maintenant. Ça en fait toujours partie, mais ça n'a plus la même place, on va dire.
SC - Et comme on parle ici des codes de la comédie musicale, ce qui est associé, c'est la danse fréquemment. Est-ce que c'est un aspect que tu étudies aussi ou pas ? Enfin, je peux comprendre après que ça ne soit pas le cas, parce que ça pourrait amener encore à beaucoup, beaucoup de choses.
BE - Alors, en fait, je prends en compte effectivement de l'aspect chorégraphique. Je ne me prétends pas du tout être comme un spécialiste là-dessus. Ça va être plutôt sur, par exemple, des choses qui ont déjà été théorisées par Rick Altman, qui a écrit tout un livre sur la comédie musicale hollywoodienne dans le XXe siècle. Enfin, le livre, pas la comédie du XXe. Et donc, dans ce livre-là, il explique justement comment certaines chorégraphies, notamment les duos, qui pouvaient revêtir une certaine représentation du couple ou de la tension sexuelle qu'on ne pouvait pas vraiment expliquer, enfin expliquer, verbaliser en tout cas à l'écran à l'époque. Moi, ces codes-là, justement, je vois aussi comment est-ce qu'ils peuvent être réutilisés ou comment est-ce qu'ils sont réutilisés, d'ailleurs, dans les épisodes auxquels je m'intéresse. Après, je ne vais pas aller détailler si c'est un fouetté, un pas de deux ou quoi que ce soit, mais sur le côté plutôt macro-structurel.
BE - Qu'est-ce qui t'a conduit à cette thématique de thèse ? Alors, en fait, pour monter un petit peu en arrière, pour mon mémoire, effectivement, je m'étais déjà intéressée aux musiques de séries télévisées. Cette fois-ci, je m'y étais intéressée à travers la figure du compositeur de Joseph LoDuca, notamment connu pour les musiques de Evil Dead, Xena Princesse Guerrière, Legend of the Seeker, bref, différentes choses. Et puisque j'ai toujours eu cette affinité entre musique, de films et musiques de séries, puis j'avais envie de découvrir un peu plus, justement, il y avait moins de littérature sur la musique de séries télé, donc ça a été un peu ma porte d'entrée à ce niveau-là. Donc pendant mon mémoire, je suis tombée au fur et à mesure un peu plus sur ces épisodes justement un peu atypiques. Je les avais laissés un peu de côté parce que ce n'était pas le sujet de mon mémoire et au moment d'aller justement pour réfléchir à un sujet de thèse, c'est à ce moment-là qu'en fait j'ai ces épisodes que j'avais laissés de côté mais qui continuaient un peu à me poser de questions ont commencé à vraiment germer dans ma tête. Ça me permettait aussi de consolider sur les acquis des musiques de séries télé que j'avais déjà engrangées avec le mémoire. Puis au fur et à mesure, en peaufinant un petit peu le sujet, j'ai pu orienter sur le fait d'avoir des épisodes musicaux en one-off. Ce n'est pas tous les épisodes musicaux que j'étudie non plus puisqu'il va y avoir un certain nombre de numéros musicaux contenant chant ou danse mais qui ne sont pas de numéros spéciaux. C'est comme ça qu'au fur et à mesure, ça s'est construit vraiment pierre par pierre. Ce n'était pas anticipé quasiment comme sujet. Ce n'est pas quelque chose vers lequel tu serais allé forcément d'emblée. Ah non, c'est sûr que si on m'avait dit tu travailleras là-dessus dans 3-4 ans, non, c'est sûr. Ça s'est fait au fur et à mesure.
SC - Je pense qu'on est de nombreux doctorants ou ex-doctorants ou docteurs à être passés par cette phase-là dans la recherche d'un sujet et puis bon, il se trouve que même si c'est pas ce qu'on prévoit au départ on finit par se laisser se laisser happer. Aujourd'hui ton lien personnel avec le sujet est-ce que est-ce que ça reste uniquement un regard détaché que tu as sur ce sujet ou est-ce qu'au contraire tu as des tu retrouves des échos par rapport à ta propre pratique musicale par rapport à tes goûts par rapport à ce que tu écoutes ou regardes habituellement ?
BE - Alors il y a Deux choses que je peux apporter comme éléments de réponse. Par rapport à ma pratique musicale, ça m'a fait découvrir certains arrangements qui ont été faits de musiques préexistantes. Parfois les épisodes composent des choses originales ou font des réarrangements, des réinterprétations avec plus ou moins de différences. Et certains arrangements musicaux pour piano, qui ne sont pas forcément de style jazz, parfois ça peut être rock qui vont mettre en exergue cette exploitation du timbre, du piano, qui est vraiment très chouette à écouter. J'essaie, à mon niveau, de réinjecter un peu dans ma pratique, ou en tout cas de m'en inspirer de près de moi. Et autrement, quant à mon regard sur ces épisodes, alors c'est vrai que du coup, je fais un peu plus attention aux épisodes musicaux dans les séries qui rentrent dans mes critères de corpus ou non. De toute manière, le corpus est fait, maintenant, mais effectivement, ça m'a donné aussi un autre regard, par contre, sur la comédie musicale, pour le coup. J'aime bien la comédie musicale, je ne suis pas une grande fan, je ne déteste pas non plus, je suis un peu au milieu. Et donc ça m'a permis dans ces cas-là de comprendre un peu plus tout simplement à quoi ça pouvait faire référence et de voir vraiment le travail d'écriture et de structuration qui pouvait être fait derrière, auquel on n'a pas forcément conscience au début.
SC - Qu'est-ce qui dans cette thèse, dans le travail que tu fais actuellement, te donne envie d'aller jusqu'au bout ? Quels sont les éléments qui font que tu ne t'es pas arrêtée avant et que tu vas aller jusqu'au bout de cette thèse ?
BE - Alors, la principale raison, je pense que, bon déjà, c'est le sujet qui est vraiment assez riche, et même si effectivement, bon, parfois ça peut être un peu impressionnant les premières années, quand on boucle vraiment toute la bibliographie, de se retrouver avec des piles et des piles de livres, mais effectivement l'idée d'avoir un sujet passionnant, qui a toujours des nouveautés à découvrir, c'est un petit peu comme une pelote de laine, et puis plus on tire les fils, plus on se rend compte qu'en fait c'est vraiment tout un monde, et de vraiment comprendre les différents mécanismes, d'avoir un petit peu des indices, de jouer un peu au policier dans son sujet de thèse, c'est assez intéressant effectivement, enfin moi en tout cas c'est ce qui me passionne. C'est ce qui me fait vraiment continuer tous les jours. Dans ma vie quotidienne, il y a une petite chose, pas si petite que ça non plus, mais bien sûr il y a à côté aussi le fait de participer aux différents événements scientifiques. Quand on fait des communications, qu'on voit qu'on a des questions aussi pertinentes en face, les gens s'intéressent vraiment au sujet, c'est tout aussi gratifiant. De même que par exemple la journée d'études autour de cette approche de la queerness dans les séries télé et leur musique que j'organisais à Rennes 2 le mercredi 6 mai dernier [2026], de voir l'engouement et les différentes dynamiques qui sont créées aussi pendant cette journée. Ça donne envie de continuer.
SC - Est-ce que tu peux, justement, je voulais te poser la question, est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus sur la journée d'études que tu avais organisée le 6 mai dernier, 2026 du coup, on ne se trompe pas d'année. Quel était l'argumentaire, enfin la dynamique de cette journée, comment ça s'est passé ? Qu'est-ce que ça a apporté à toi ? Et puis qu'est-ce que tu penses que ça peut apporter au questionnement que tu te posais à ce moment-là ?
BE - Alors, effectivement, la journée, le titre c'était « Approche de la queerness dans les séries télé et leur musique » . Déjà, ça plantait un petit peu le décor. En fait, le but de cette journée, c'était, il y a eu déjà un petit peu quelques conférences d'organisées autour de ce que certains appellent la queer theory ou la queerness. Après, même le terme en lui-même est assez fluide pour l'instant dans les recherches. Donc, il y a eu déjà certains événements d'organisés autour pour commencer à chercher à comprendre comment cette queerness pouvait affecter les musiques, non pas en cherchant à l'appliquer de notre point de vue actuel, mais plutôt parlant aussi bien de séries comme Buffy, d'animés japonais également, de Xena Princesse Guerrière. L'idée était vraiment aussi de ne pas forcément se fixer sur une série en particulier ou sur un style de série en particulier, puisqu'on a eu aussi American Horror Story. C'était plutôt d'essayer de voir comment les affinités de chacun pouvaient aussi trouver des traces, un petit peu des indices de cette queerness, qu'elle soit aussi bien dans les chorégraphies, dans les personnages eux-mêmes, la manière dont ils vont être filmés, dans la musique, etc. Et de voir comment on pouvait un petit peu commencer à, peut-être, pas forcément établir des grands principes non plus, on n'en est pas là, mais commencer à avoir des vraies pistes de recherche. Et donc ça, ça ramène aussi d'un point de vue beaucoup plus personnel et très très doctorant, sur le fait que cette approche de la queerness, en fait, est une chose qui s'est on va dire révélée, entre guillemets, dans les épisodes sélectionnés dans mon corpus alors que ça n'a jamais fait partie des critères de sélection à l'origine. C'est après, en les regardant, en les analysant, je me suis dit qu'il y a quelque chose aussi de cette approche-là. Qu'est-ce que ça crée réellement au final ? Pourquoi tous ceux-là sont des épisodes qui ont eu un succès assez important ? Et qu'est-ce que la queerness va pouvoir avoir à faire dedans ? Comment ça peut avoir un impact ou non ?
SC - Toujours à propos de cette journée d'études qu'est ce que ça implique en tant que doctorante une telle journée ? Parce que on sait bien que qu'une journée de doctorant c'est quand même des journées très chargées et s'ajouter le travail la responsabilité une journée d'études par dessus c'est pas toujours simple. Comment tu as vécu ce moment là cette préparation et puis la journée elle-même ?
BE - Alors la préparation, effectivement, au début, c'était un petit peu, comment dire, impressionnant. Parce que déjà, on publie un appel à communication. On se lance un peu dans le monde des grands, on va dire, dans le grand bassin. On propose une idée de réflexion. Après, effectivement, quand on reçoit les premières propositions, on est quand même un petit peu content. On se dit que ça intéresse un peu des gens. D'un point de vue aussi de l'organisation, j'ai les personnes responsables de tout ce qui est financier ou quoi que ce soit m'ont aidé assez facilement et ont été très compréhensives avec moi. Je pense par exemple à Fabien Ogier qui gère ça. J'ai dû lui envoyer plus d'une dizaine de mails à un moment donné pour être sûre que c'était prêt. Il ne m'a jamais fait sentir que j'étais casse-pied ou quoi que ce soit. Effectivement, il y a cette charge-là d'organisation, puisqu'il faut aussi s'assurer que chaque intervenant déjà peut venir, tout ce qui est logement, etc., voir si le labo peut prendre certaines choses en charge ou non. Après, toutes les réservations de salles, la communication aussi autour, faire le programme, etc. Donc, effectivement, il y a pas mal d'étapes, aussi bien avant que même pendant la journée, d'ailleurs. Mais c'est vrai que de voir aussi le résultat après, l'engouement des personnes. On a eu par exemple des étudiants de master qui sont venus sans forcément, on ne les a pas traînés jusque-là. Ils sont venus de leur plein gré. Différents professeurs qui sont passés aussi pendant la journée. Des chercheurs qui ont fait l'aller-retour de Paris pour venir. C'est vraiment des choses aussi très gratifiantes. Donc, en fait tous les efforts, les moments de doute ou de stress en se disant non, il va y avoir un truc qui ne va pas le faire, je vais me prendre les pieds dans le tapis. Ça valait largement le coup, voire même plus. Donc non, la journée s'est vraiment bien passée en plus, même avec la visio à distance, puisque du coup, c'était en hybride. On n'a pas eu de bug technique, incroyable. Donc oui, c'était parfois compliqué, effectivement, parce que ça reste une charge de travail assez importante. Surtout que j'étais vraiment toute seule pour l'organiser. C'était un choix aussi, bien sûr. Et donc, voilà, un gros effort d'organisation et de stratégie, un petit peu, parfois, sur certains éléments. Mais c'était quand même largement gratifiant, au final. J'en garde un très bon souvenir.
SC - C'est chouette d'entendre ça. Est-ce que tu prévois ou du moins t'envisages une publication ou quelque chose à partir des interventions qu'il y a eu durant cette journée d'études ? Est-ce que tu prévois un avenir pour cette journée en tout cas ?
BE - Alors éventuellement, oui, je vais contacter déjà une revue qui, alors eux vont voir aussi bien sûr au niveau du conseil, pour en discuter ensemble. Mais effectivement, il y a pour l'instant une piste pour essayer de faire une publication, peut-être ouvrir éventuellement à l'international, on ne sait pas encore. C'est en pourparler pour l'instant.
SC - C'est une bonne nouvelle. C'est toujours bien quand quelque chose peut rester de ces journées-là. On va revenir juste sur ta thèse pour une dernière question, et puis après on parlera de ce qui se passe après la thèse, ou ce qui se passera après la thèse. On va se projeter un petit peu, mais avant, si on va déjà se projeter en fait, si tu devais écrire une seconde thèse à partir de cette thèse-là, s'il y avait un sujet pour l'instant, là où t'en es, sachant que tu n'as pas terminé, mais là au point où t'en es, est-ce qu'il y a une direction que tu aurais aimé prendre, mais que tu prends pas parce que justement ça t'amènerait à écrire une deuxième thèse ?
BE - Peut-être dans ces cas-là, en élargissant le corpus, parce que j'ai 8 épisodes, ce qui est déjà pas mal comme corpus. Et pour réussir à sculpter un petit peu ce corpus, il m'a fallu plusieurs mois de réflexion ardue pour réussir à avoir vraiment des critères qui correspondaient, qui fonctionnaient aussi ensemble, pour ensuite faire la sélection, etc. Et donc, effectivement, Éventuellement, les autres épisodes que je n'ai pas pu étudier, mais là, on part sur au moins une cinquantaine, donc on n'est plus vraiment sur le même ratio. Je pense que c'est deux thèses suivantes qu'il faudrait faire. Mais oui, effectivement, travailler dans ces cas-là sur les épisodes musicaux, mais non pas ceux qui ont au moins cinq numéros musicaux dedans, ceux qui peuvent n'en avoir peut-être qu'un, ou les acteurs ne vont pas forcément chanter, en modifiant un petit peu les paramètres de sélection.
SC - Alors, revenons à la thèse. Est-ce que tu as des projections sur la soutenance ? Est-ce que tu sais quand tu aimerais la soutenir ?
BE - Oui, pour l'instant, selon mon avancée un petit peu actuelle, je dirais dans un an et demi, deux ans maximum à peu près. On va dire deux ans sûrs pour la soutenance et un an et demi pour la finir. En fait, puisque là, il me reste certaines analyses à finir et à vraiment étayer. Et puis une partie quand même assez importante de rédaction aussi. C'est un peu du puzzle pour l'instant. J'ai des bouts de rédaction dans tous les sens sur mon ordinateur.
SC - Est-ce que tu sais ce que tu aimerais faire après la thèse ?
BE - Alors oui, donc moi j'aimerais bien être enseignante ou chercheuse. D'abord, la qualification CNU, et puis éventuellement un poste, etc.
SC - Avant de terminer, j'aimerais que tu nous donnes quelques petits conseils pour en savoir un petit peu plus. Est-ce que tu peux nous donner des noms de chercheurs ou d'auteurs voire d'artistes qui t'ont donné envie de faire de la recherche ou qui te confortent dans l'envie de faire de la recherche Alors des noms d'auteurs ou d'artistes donc des noms de chercheurs en tout cas qui effectivement m'ont bien galvanisé notamment dans ce domaine particulier tu l'as La musique de série télé, je vais citer à nouveau Jérémy Michot, Jérôme Rossi, avec qui j'ai eu des échanges aussi déjà dès mon mémoire. Et ça, de se sentir un petit peu appartenir à une communauté scientifique, ça fait aussi du bien. Notamment quand on sait que les docteurs, en général, sont plutôt seuls devant leurs ordinateurs ou devant leurs analyses. Un artiste, je ne suis pas forcément sûre. Après, c'est plus parfois certaines personnalités qu'on peut croiser pendant les recherches des réalisateurs, etc., qui sont plutôt intéressants. Steven L. Sears, par exemple, qui a écrit un livre sur les mécanismes de l'écriture de séries télévisées, etc., et qui est assez facile à lire, même pour les personnes novices. Je pense que c'est deux personnes, trois personnes.
SC - Et est-ce que tu aurais trois livres ou films ou autres, même trois en tout cas, trois supports, trois médias, trois médiums, à nous recommander pour mieux comprendre ton sujet de thèse, y compris, voire surtout pour les personnes qui ne seraient pas très familiers avec cet univers ?
BE - Alors pour entrer un petit peu déjà sur le… pour comprendre le champ assez vaste malgré tout que sont les musiques de séries télé donc il y a le livre dont le titre est « Introduction aux musiques de séries télévisées » de Jérémy Michot alors je pensais également sinon au livre de Rick Altman sur la comédie musicale mais il n'est pas forcément très facile à lire justement notamment entre autres parce que les traductions françaises n'ont pas toujours été Les meilleurs du monde, c'est très jargonnant et parfois assez mal structuré. En bref, du coup, moins, celui-ci. Autrement, en film, pour le coup, la comédie musicale « Chicago » qui a connu aussi une version cinématographique en 2002 qui est vraiment très chouette à regarder, la manière dont ça a été tourné, mis en scène. Et pour finir, en troisième, et bah pourquoi pas écouter soit le CD justement de l'épisode musical de Buffy contre les vampires ou les deux de Xena princesse guerrière. Comme ça, ça fait écouter un petit peu aussi les différents styles musicaux qui sont convoqués dans ces derniers.
Extrait de la comédie musicale "Wicked"



